Plateformes de consultation, budgets participatifs en ligne, vote électronique, … difficile d’y voir clair tant les technologies au service de la démocratie sont nombreuses. D’autant que dans ce secteur dit de la “civic tech”, de nouvelles solutions apparaissent quotidiennement, et le civic-washing n’est jamais très loin. Panorama de quelques ressources qui permettent de se faire une idée plus claire du sujet, et de séparer le bon grain de l’ivraie.

Les contours de la civic tech

Les limites de la civic tech

Le futur de la civic tech

Nous sommes le 31 mars 2020. Au n°22, rue de la Libération, Marc recherche une imprimante pour éditer son attestation de sortie. Au n°34, Annie a un copieur qui ne demande qu’à servir. Tous deux sont membres d’un réseau de voisinage : vont-ils pouvoir s’arranger ? Non, car Marc est inscrit sur une application d’entraide privée, et Annie sur la plateforme citoyenne de la ville… 

Depuis quelques années, les dispositifs d’engagement citoyens de tous formats et de tous acabits se multiplient sur le sol français. Du groupe Facebook à la plateforme nationale officielle en passant par les budgets participatifs municipaux, les réseaux d’entraide éphémères et les applications de voisinage, les citoyens savent-ils encore où donner de la tête ? Et ces initiatives pourraient-elles réveiller leur conscience politique, pourtant à la baisse depuis des années ?

En temps d’épidémie, la solidarité aussi est contagieuse

Jusqu’à l’année dernière, les réseaux d’entraide entre voisins suivaient leur long fleuve tranquille. De nouveaux habitants venaient régulièrement grossir les rangs pour échanger en ligne avec leurs voisins sur des sujets de jardinage, nuisances sonores, vides greniers, collecte des déchets et autres bonnes et mauvaises aventures.

Fin 2019, alors que le mouvement social contre la réforme des retraites paralyse une bonne partie du territoire, la fréquentation des réseaux monte en flèche. Sur Nextdoor, le réseau américain importé en France depuis 2018, on observe « un doublement voire un triplement des connexions » de la part des citoyens qui cherchent de l’aide pour se déplacer, faire garder ses enfants ou tout simplement s’informer. Début 2020, l’épidémie mondiale de covid-19 passe la vitesse supérieure : le réseau américain gagne +80% de nouveaux abonnés à l’échelle mondiale entre février et mars. « Quand tout le monde a été assigné à résidence, les gens ont redécouvert la solidarité de proximité, et ce sont des plateformes comme la nôtre qui permettent de la faire vivre », confirme Emile Josselin, aujourd’hui responsable communication de la plateforme Nextdoor en France après avoir conseillé la communication en ligne d’Axelle Lemaire, Jean-Marc Ayrault ou encore Martine Aubry. « Beaucoup de choses sans grande importance hier sont devenues cruciales dès le lendemain du confinement : nous avons par exemple lancé des campagnes sur la plateforme pour inciter à l’entraide, par exemple à travers le partage d’imprimantes pour imprimer les attestations de sorties, ou les documents pour la classe à la maison ».

Chacun sa rue, chacun son réseau…

Mais les réseaux d’entraide n’ont pas seulement étendu leur audience, ils se sont multipliés. Depuis la création de l’un des pionniers en la matière, Voisin’Âge, par l’Association Petits Frères des pauvres en 2009, les français avaient déjà l’embarras du choix pour gérer leurs relations de voisinage : Voisineo, mesvoisins.fr, Ensembl’, Nextdoor, Smiile, …

Avec le confinement, des groupes privées d’entraide initiées par des particuliers, associations ou structures locales sont venues s’ajouter à l’équation. Début mai, le site covid-entraide.fr recensait plus de 640 réseaux d’entraide ayant vu le jour pendant le confinement. Quant aux plateformes citoyennes publiques en ligne, déjà présente dans plusieurs villes, se sont généralisées. Fin mars – début avril, les grenoblois étaient ainsi invités à s’inscrire sur Grenoble Voisins Voisines, les toulousains sur Solidarité Toulouse, et les Saint-Genésiens sur Saint-Genis-Pouilly Solidaires. Les villes d’Aix-en-Provence, de Seyssins, de Lyon et les départements de l’Orne de la Lozère et de la Loire, ainsi qu’une trentaine d’autres collectivités ont quant à elles choisi d’utiliser Entraidons Nous, une solution proposée par l’agence Eolas pour générer sa plateforme en ligne. Début mars, le gouvernement français lui-aussi organisait le lancement national de Je Veux Aider.fr, la Réserve Civique officielle de la France repensée à l’occasion de l’appel à la solidarité du Président. « Avant 2020, la plateforme comptait 3 500 bénévoles inscrits et 600 structures proposant des missions » raconte un agent des services de l’Etat. « Avec l’épidémie, le nombre de bénévoles est passé à 300 000 bénévoles inscrits, ce qui a donné lieu à 40 000 participations effectives ». Fallait-il centraliser les initiatives plutôt que de les multiplier ? « Il y a une floraison des dispositifs de ce type là, qui font souvent doublon. Puisque beaucoup de maires ont créé leur réserve civique informelle avec des fichiers Excel, notre travail est désormais de recentraliser les initiatives »

L’engagement citoyen, nouveau business qui monte

Comment expliquer ce boom de la vie publique en ligne ? Du côté du privé, il faut peut-être se tourner vers les chiffres du secteur pour comprendre les raisons d’autant d’attractivité. En 2018, lors du lancement de Nextdoor France, l’entreprise américaine avait déjà levé près de 210 millions de dollars ; début 2019, elle en avait levé à nouveau 123 millions.

Cette dimension lucrative n’empêche pas l’entreprise de mener avec sérieux ses actions de service public. Aux États-Unis, elle a déjà mis en place 3000 collaborations avec la police, les pompiers, et d’autres acteurs publics. En France, elle collabore déjà avec la Mairie de Paris, la Mairie du 5ème arrondissement et les Pompiers de Paris en leur permettant de poster des messages d’alerte ou d’information à l’ensemble d’un quartier ou d’une ville. « Les équipes sont parfois débordées par les appels téléphoniques ou de mails qui sont de plus en plus nombreux, explique Emile Josselin. Les collectivités savent que beaucoup de ces appels pourraient ne pas avoir lieu si les gens connaissaient leurs voisins et pouvaient s’informer dans l’application de ce qui se passe dans leur quartier ».

Quant à savoir si la plateforme ne cristallise pas une forme de concurrence entre intérêts privés et intérêt public, l’entreprise semble assez tranquille « Les préoccupations sur la privatisation de l’espace public sont légitimes continue-t-il, mais nous créons un espace de confiance en certifiant que chacun utilise son vrai nom et sa réelle adresse. Et nous proposons une plateforme : c’est la collectivité qui l’anime. Quant à la publicité, nous ne l’avons pas encore déployée en France parce que nous voulons avant tout fédérer la communauté et apporter quelque chose à la société française ».

Cette rencontre d’intérêts publics et privés n’est pas spécifique à ce sujet. Les villes sont de plus en plus nombreuses à dénoncer l’airbnbisation du logement, l’ubérisation des mobilités ou plus largement la privatisation de la vie en communauté. Mais d’un autre côté, la crise liée au covid-19 a prouvé que les acteurs privés pouvaient être d’une aide précieuse en cas de manquement : LVMH a ainsi fourni du gel hydroalcoolique, Louis Vuitton des masques, Décathlon des bases pour respirateurs, sans mentionner les GAFAM qui ont contribuer à nourrir, équiper et informer tant bien que mal les citoyens confinés. Un effort d’ailleurs plébiscité par une partie des citoyens puisque selon une étude Kantar sur les attentes des français face à la crise du covid-19, 30% à 40% des français se sont dit favorables à ce que les marques participent à l’« effort de guerre » en soutenant l’hôpital ou le gouvernement.

La démocratie en mode participatif

Du côté des municipalités, on observe un autre type de motivation. La création de ses plateformes intervient dans un contexte de progression permanente de l’abstention depuis des décennies. De 20 à 30% dans les années 1960 à 2000, le taux d’abstention a flirté avec les 40% au milieu des années 2010 pour finalement dépasser les 55% en 2020. Dans certaines villes comme Vénissieux (Rhône), seul un électeur sur 10 s’est rendu aux urnes, poussant le taux jusqu’à 90%.

« Les citoyens ne sont pas désengagés de la politique, ils sont désengagés du fonctionnement des institutions qui les représentent, précise l’agent des services de l’Etat. S’ils considèrent que l’intérêt général est mal géré, c’est normal de préférer vivre concrètement leur engagement politique via des actions locales et concrètes sur des projets choisis ».

Une plateforme en ligne peut-elle fabriquer des électeurs ? « Je pense que toute personne qui est amené à prendre la parole sur ce qui se passe autour de lui sera plus susceptible de voter que l’inverse » estime Emile Josselin, qui ne peut s’empêcher d’émettre des doutes sur la durée de vie des plateformes lancées pendant l’épidémie. « Il faut se méfier de la plateforme qu’on lance à grand renfort de moyens techniques sans avoir pour autant la capacité de recruter les citoyens qui vont l’investir, et les personnels en mairie pour l’animer ensuite. » Un avis qui n’est pas partagé du côté du gouvernement : « L’ennui dans l’engagement, ce n’est pas le manque de personnes prêtes à s’investir mais le manque de  mission proposées par les structures. Nos campagnes de recrutement, nous les faisons auprès des structures à but non-lucratives, pour leurs rappeler que des volontaires n’attendent qu’elles pour s’engager ».

Pour les municipalités, les plateformes visent ainsi à (ré)engager les citoyens dans leur vie publique et politique locale. C’est d’ailleurs ce même contexte qui explique le récent boom de la démocratie participative. Le site du collectif Action Commune, qui accompagne les initiatives de participation citoyenne, recensait ainsi en mars 2020 pas moins de 157 listes participatives, répartis équitablement entre les villages de moins de 2000 habitants, ceux de 2000 à 100 000 et les villes de plus de 100 000. Et si une seule liste participative avait remporté sa mairie en 2014, elles sont en 2020 plus de 65 à avoir gagné le droit d’en prendre les rennes.

Dans la même démarche, les mairies ont été de plus en plus nombreuses à mettre en place des “budgets participatifs”, dispositifs permettant aux citoyens de choisir les projets auxquels allouer une partie du budget.

Pour l’heure, l’impact des citoyens sur le budget municipal reste très modeste : le budget moyen par habitant est en moyenne de 6,50€ par habitant en 2020, et seuls 5% des habitants y participent. Plusieurs éditions ont également été annulées ou adaptées en raison des règles de distanciation imposées par le covid-19.

Mais les budgets participatifs pourraient être amenés à se développer dans les années à venir. À Bordeaux, Avignon ou Rennes, le budget moyen atteint 10 à 15€ par habitant, et à Paris, à 45€. Autre signe encourageant, dans le Gers, 25% de la population a participé à l’édition 2020 du budget participatif.

Changement climatique, changement démocratique

L’engagement des particuliers dans la vie politique et civique locale pourrait aussi être porté par la prise de conscience environnementale des français. Citée dans Reporterre, la responsable climat et territoire au sein du Réseau action climat Zoé Lavocat attribue ainsi cette « explosion des dynamiques citoyennes » à l’urgence du changement climatique car « c’est au niveau local qu’on se rend compte des impacts du changement climatique (…) et qu’on peut porter des solutions concrètes ».

D’après un rapport de l’Association Bilan Carbone, les collectivités seraient d’ailleurs directement responsables de 15% des émissions de gaz à effet de serre, un chiffre qui s’élève à 50% si l’on y inclut les émissions indirectes de leurs orientations. Elles sont aussi la bonne échelle pour les canaliser puisque 70% des actions de réductions des émissions sont réalisées à l’échelle locale.

Ces chiffres confortent ainsi le bourgeonnement d’initiatives solidaires locales (Amap, ateliers de réparation, jardins partagés), tout comme le fait que 40% des projets votés en 2019 dans les budgets participatifs étaient en faveur de la préservation de l’environnement. D’après le sondage OpinionWay mené par le collectif Après, Maintenant !, 78% des Français désireraient même « renforcer la décentralisation, donner plus de pouvoir aux collectivités ». Mieux : ils sont 63% à se déclarer prêts à « renforcer la participation citoyenne à la vie démocratique, en y participant personnellement davantage », un chiffre qui atteint les 71% chez les 35-49 ans. De quoi redonner de l’espoir au lendemain du score de l’abstention aux municipales 2020 : grâce à ré-engagement progressif des français en faveur du futur de la société et du vivre ensemble, la participation politique des citoyens pourrait bien à terme se remettre sur la bonne voie.

En fonction de la taille et de la situation géographique de leur commune, les 35 000 maires de France n’ont pas tous vécu l’arrivée de l’épidémie de covid-19 de la même manière. Pour autant, chacun a dû assurer la poursuite des activités essentielles de la nation tout en gérant le moral des troupes et les effets collatéraux de la crise sanitaire. Marie-Claude Barnay, présidente de la communauté de communes le Grand Autunois Morvan, a épaulé les 55 maires de sa Communauté de communes pendant cette période hors-norme. Elle raconte sa gestion du confinement, entre application à garder une longueur d’avance sur la crise, et souci de maintenir coûte que coûte la solidarité entre agents.

Quelles sont les particularité du territoire que vous présidez ?

Le Grand Autunois Morvan mêle villes et campagnes. C’est un territoire à dominante rurale, avec beaucoup de petites communes qui n’excèdent pas les 100 habitants, mais dont la plus grande grande ville, Autun, compte tout de même 14 000 âmes. Pour l’ensemble de ces communes, la Communauté de Communes assure la gestion des écoles, de la voirie, de la culture, des transports ou encore l’action sociale, et accompagne les maires sur les plans juridiques et matériels. Pour simplifier, on peut dire que nous assurons la plupart des missions, à l’exception des fonctions régaliennes.

Ce regroupement constitue un projet territorial, qui plus est en temps d’épidémie. Notre fonctionnement centralisé a facilité la gestion de la crise, en orchestrant la collaboration des 55 communes.

 

Comment l’arrivée de la crise a-t-elle été vécue par votre équipe ?

Le 13 mars, trois jours avant le confinement, nous nous sommes réunis pour définir les services prioritaires à maintenir. Nous avons également veillé à confiner le maximum d’agents de l’administration en facilitant le télétravail. Par chance, nous avions mis un “plan hors-sec” en place au début de l’année, pour nous permettre d’assurer la gestion des finances et des paies à distance. Si nous avions su qu’il serait mis en œuvre quelques semaines plus tard !

En avril, nous avons mis en place des réunions hebdomadaires avec les 55 maires, les chargés de missions, le centre d’action sociale, etc. Nous avons divisé la Communauté de Communes en six territoires, ce qui nous permet d’organiser six audioconférences par semaine pour discuter de tous les sujets brûlants liés à l’actualité de la crise et du contenu des allocutions gouvernementales. Les maires, qui ont beaucoup de questions, apprécient vraiment cette démarche.

 

Certains agents ont-ils émis des réticences à se rendre au travail ?

Certains auraient pu légitimement se désengager, baisser les bras, ne pas vouloir aller travailler. Mais tout le monde a répondu présent.

On peut parler d’une vraie solidarité au sein des équipes, avec un investissement complet de la part des agents malgré un contexte complexe. Quant aux maires, dont certains auraient dû partir à la retraite en mars, ils ont assuré leur mission à 100 %, voire 200 %, sans se poser de question. Au nom de l’intérêt général, ils sont allés au front tous les jours 24h/24.

C’est grâce à ce dévouement et cette solidarité des équipes que nous avons pu assurer la continuité du service public et assurer la réussite de notre plan.

 

Concrètement, comment se sont réorganisés les différents services ?

À l’arrivée de la crise, nous avons mis sur pied plusieurs cellules avec les maires, les structures publiques et nos partenaires. Nous avons défini à l’unanimité les services de niveau 1, 2 et 3 à maintenir, ainsi que leur fonctionnement en mode dégradé. Dans les différentes équipes, des rotations en quatorzaine ont été mises en place pour éviter les contaminations.

En premier lieu, une « Cellule Sanitaire » s’est montée pour gérer les approvisionnement en masques, en gel hydroalcoolique et en blouses sur le long terme. Nous avons également organisé l’accueil des enfants du personnel soignant dès le dimanche précédant le confinement, main dans la main avec l’Inspection de l’Éducation Nationale et la Préfecture.

Enfin, nous avons orchestré la distribution des visières produites au sein de notre FabLab par les équipes du Lycée Militaire d’Autun, du lycée Bonaparte, et du Rotary Club d’Autun. Après avoir été mises à disposition du personnel des structures hospitalières et médico-sociales, nous traitons désormais les besoins des entreprises pour les aider à reprendre leur activité en toute sécurité.

 

À propos des entreprises, craignez-vous que la crise sanitaire se double d’une crise économique ?

Je suis malheureusement convaincue que la crise sanitaire va se doubler d’une crise économique. Notre rôle est d’éviter au maximum que les entreprises périclitent. Dès le mois de mars, nous avons mis en place une « Cellule Attractivité du territoire » pour faciliter l’accès des artisans, des entreprises et des agriculteurs aux dispositifs de soutien comme le Fonds de Solidarité de l’Etat et les aides de la Région Bourgogne Franche Comté. À notre échelle, nous mettons la main à la pâte pour aider les producteurs locaux à trouver de nouveaux débouchés pour leurs invendus. Nous avons adapté les filières, créé une plateforme de vente en ligne pour acheter local, etc.

La question se pose enfin de la reprise du tourisme. Nous sommes déjà en train de réfléchir au meilleur moyen d’accompagner les hôtels par exemple.

 

Avez-vous observé des arrivées de population suite à l’annonce du confinement ?

Oui, le phénomène a été flagrant chez nous. Grâce à ses lacs et ses montagnes, la région fait partie des destinations touristiques les plus prisées entre Paris et Lyon. Les résidences secondaires se sont ouvertes comme en été. Par exemple dans la commune de La Grande Verrière, les 130 résidences secondaires sont actuellement toutes occupées.

Ce qui va se jouer dans les prochaines semaines est un enjeu majeur : beaucoup d’urbains réalisent qu’ils désirent garder la qualité de vie et les produits dont ils ont pu bénéficier pendant le confinement. C’est la raison pour laquelle nous sommes très pro-actifs pour l’accueil des nouveaux arrivants : nous avons une politique d’accueil rodée depuis 2011 et veillons à les accompagner dans leurs projets personnels comme professionnels.

 

Et demain ? Comment voyez-vous les prochains mois ?

Ce que nous avons vécu là n’est malheureusement qu’un échauffement ; tout reste à venir. Après la crise sanitaire, le maintien du service public pendant le confinement, puis la gestion du déconfinement, c’est un quatrième volet qui s’annonce désormais : nous préparons la rentrée de septembre, en anticipant le plus possible pour éviter d’être surpris. Il faut assurer non plus seulement la continuité mais la pérennité.

Comme pour toute crise, nous devons d’ores et déjà tirer des leçons de ce qui nous arrive, et profiter du contexte actuel pour définir de nouveaux modes de fonctionnement. La crise nous a invité à la clairvoyance, à la solidarité, et à un retour à l’essentiel : c’est cet état d’esprit qu’il va désormais falloir cultiver.

Épidémie ou pas, la fonction de maire n’est pas toujours un métier facile. Bien avant d’être invitées à réorganiser la vie locale pour faire face au covid-19, les têtes de communes ne manquaient pas de défis à relever, sans avoir toujours la marge de manœuvre nécessaire pour faire la différence. Fin 2019, un tiers des maires français ne comptait pas se représenter en 2020. Alors, de quoi rêvent les maires ? Quels obstacles rencontrent-ils au quotidien ? Petite sélection de podcasts et documentaires radiophoniques pour les écouter raconter les coulisses de leurs challenges politiques au niveau local.

Le rôle du maire et son écosystème

Mon maire est une femme

Des maires en lutte

Des maires confinés

Mieux vaut en rire ?

Eksaé, acteur majeur de l’édition et l’intégration de logiciels au service de la performance du secteur public, poursuit son développement et lance le recrutement de 15 nouveaux collaborateurs. Depuis le 1er janvier 2020, et ce malgré la crise du Covid-19, Eksaé a déjà recruté 16 nouveaux collaborateurs, dont 8 pendant la période de confinement et compte aujourd’hui 125 collaborateurs.

« Notre ambition est de renforcer notre positionnement d’acteur incontournable sur notre marché, grâce à une stratégie orientée à 100% au service de nos clients et au développement de l’innovation, sur ce secteur en pleine transformation digitale. Pour répondre à leurs besoins sur ce marché en constante évolution, nous souhaitons consolider notre expertise métier et nous adjoindre toutes les compétences nécessaires pour offrir toujours plus de qualité de service et surtout plus de proximité et d’humain dans la relation. Car, au-delà de la technologie, nous sommes convaincus que notre performance repose avant tout sur les compétences, les valeurs et l’engagement des femmes et des hommes qui portent Eksaé au quotidien », déclare Régis Baudouin, Président d’Eksaé.

 

Retrouvez toutes les offres d’emploi dans l’espace dédié de notre site, accessible ici.

Il aura suffi de quelques jours pour que l’épidémie du Covid-19 cristallise l’attention des français sur les modalités de leur vivre-ensemble.

D’abord parce que cette crise montre – en creux – l’importance de l’État Providence.

Ensuite parce que lorsque tout s’arrête, les fonctions primaires du corps social doivent, elles, perdurer. Les yeux de tous sont braqués depuis des semaines sur la continuité sanitaire donc, mais aussi pédagogique ou encore politique du pays.

Enfin parce que pour que tout continue comme avant, tout le service public doit changer. Il doit apprendre à exercer ses fonctions privé de lien physique avec ses citoyens et privé de lieu physique pour rassembler ses équipes.

Sur La Voix Publique se veut l’écho de ce contexte tout particulier, dans lequel l’accès à la voie publique est restreint mais la parole publique, elle, plus active et ouverte que jamais.

Articles de fond, prises de paroles, chiffres et ressources utiles : nous vous donnons les clés pour comprendre les grandes questions qui agitent les acteurs du service public.

Découvrez notre premier dossier en exclusivité : « Covid-19 : le service public en mode sans échec ».

Découvrez Sur La Voix Publique

Demain, la connexion aux réseaux Internet et mobile sera peut-être un droit fondamental. Mais en attendant, les acquis des uns sont les combats des autres. Pour saisir les nuances de l’accès au numérique des français, de nombreuses ressources existent. Articles, documentaires, livres, tableaux de bord et web-séries : voici une liste non-exhaustive de contenus à explorer pour y voir plus clair.

Internet et téléphone en zone rurale :
y’a quelqu’un ?

Vous cherchez à joindre le service public, ne quittez pas…

La fracture numérique : la France est-elle cassée en deux ?

Plus que les outils, c’est la solidarité qui connecte le monde

Les bonnes ondes des uns sont parfois les mauvaises ondes des autres

Épidémie oblige, le « bureau » de nos ordinateurs n’aura jamais si bien porté son nom : salle de classe pour les uns, desk de télétravail ou guichet de Pôle Emploi pour les autres, il concentre depuis quelques semaines l’ensemble de notre vie active… si tant est qu’il soit raccordé au réseau. Dans plusieurs centaines de communes, installées en zone blanche, les habitants sont sans internet-fixe. Chez eux, la lutte pour la connexion au réseau a redoublé d’importance depuis le début du confinement. 

Pour les collectivités, cette situation a tout pour devenir un véritable casse-tête : devraient-elles freiner la dématérialisation de leurs services pour ne laisser personne sur le bas-côté, au risque de ne pas assurer pleinement la continuité du service public ?

La réalité des zones blanches

François* réside à L’Habit, petit hameau de la commune d’Échallat dans le département de la Charente (Nouvelle-Aquitaine). Cela fait des années qu’il réclame, avec ses voisins, de pouvoir capter le réseau mobile depuis chez lui et de profiter d’une connexion Internet digne de ce nom. « La nouvelle antenne relais devait arriver en janvier 2020. Aujourd’hui, le pylône est bien là, mais non câblé, et on ne capte toujours pas ». Fin 2019, la Mairie lui a annoncé que les différents opérateurs s’étaient mis d’accord, et qu’une antenne serait installée à Douzat, à 3 km. « Mais depuis, on nous a dit qu’il faudrait à nouveau patienter car le le câble prévu était trop court. Là-dessus il y a eu le coronavirus, et depuis, plus de nouvelles ». En ce qui concerne la fibre, la situation n’est guère plus reluisante : « Ah, la fibre ! Le Conseil a bien commandé l’installation des gaines, mais depuis Noël, elles restent vides, ce qui contribue à me consterner ». Après s’être adressé en vain à sa mairie, sa communauté de commune et son département, François reste pragmatique : « Le problème, c’est que l’État annonce des plans de grande envergure, mais que leur mise en œuvre concrète revient à une myriade d’acteurs privés et publics aux moyens d’action parfois limités ».

François vit dans ce qu’on appelle une zone blanche, c’est à dire un territoire non desservi par les réseaux de téléphonie mobile ou par Internet. Là-bas, la vie a parfois des airs du début des années 2000 : on regarde la TV via son antenne râteau, on troque son GPS pour des cartes papier et on regarde des films en insérant un DVD dans le lecteur. Parfois, on prend même sa voiture pour s’en aller recevoir des SMS sur la butte la plus proche.

Des citoyens de seconde zone ?

En temps de confinement, cette déconnexion forcée soulève de nouvelles problématiques puisqu’il faut travailler et effectuer ses démarches à distance, et donc en ligne. Ce sont ainsi 18% des 130 000 agents du Ministère de l’Économie qui sont confinés chez eux sans pouvoir travailler, certains parce que leur mission ne sont pas adaptées au télétravail, d’autres parce qu’ils sont privés d’une connexion internet suffisante. Par ailleurs, l’Éducation Nationale annonce que 5 à 8% des élèves n’ont pas pu bénéficier de l’enseignement à distance parce qu’ils sont touchés par ce qu’on appelle la fracture numérique, faute de connexion ou d’équipement.

Pour ne rien arranger, les entreprises chargées du raccordement, mises en veille à l’occasion du confinement, auront du mal à tenir la cadence promise par le gouvernement. Selon Infranum, qui fédère les professionnels du secteur, l’activité liée au déploiement de la fibre optique a baissé de -70% depuis mars, doublant le coût d’installation par prise.

Comme François, 6,8 millions de français – soit environ 10% de la population française – sont privé de réseau mobile et d’un débit internet suffisant. Fait aggravant, cette réalité a été minorée pendant de longues années : alors que le nombre de villages connectés augmente, le nombre des nouveaux territoires à raccorder augmente également. Les chiffres sont éloquents : en 2016, 97 villages ont été identifiés en zone blanche, et en 2017, 273. Il faudra attendre juin 2018 pour bénéficier d’une bonne visibilité sur la question. À cette date l’’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes (Arcep) crée le premier tableau de bord trimestriel sur la question.

Comme François, 6,8 millions de français – soit environ 10% de la population française – sont privé de réseau mobile et d’un débit internet suffisant. Fait aggravant, cette réalité a été minorée pendant de longues années : alors que le nombre de villages connectés augmente, le nombre des nouveaux territoires à raccorder augmente également. Les chiffres sont éloquents : en 2016, 97 villages ont été identifiés en zone blanche, et en 2017, 273. Il faudra attendre juin 2018 pour bénéficier d’une bonne visibilité sur la question. À cette date l’’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes (Arcep) crée le premier tableau de bord trimestriel sur la question.

Dématérialisé, télé-travaillé : le service public ne tient-il qu’à un câble ?

Du côté des administrations, il a bien fallu s’adapter. « C’est certain que nous avons eu des inquiétudes lorsqu’il a fallu basculer du jour au lendemain pour assurer l’activité du service à distance » explique ainsi Pascal Mouche, Directeur Général des Services de la Communauté de Communes du Grand Autunois Morvan (CCGAM). Dans ce territoire à dominante rurale, pourtant relativement épargné par les zones blanches, les réalités d’accès au réseau restent variables. Ainsi, si les 14381 habitants d’Autun profitent de la fibre optique avec un fort débit, les 47 habitants de Collonge-la-Madeleine n’ont par exemple sont toujours en ADSL en bas débit.

Pour accompagner les plus isolés, un mémento pratico-pratique a ainsi mis à disposition des maires pour distribution. Il répertorie les adresses et numéro de téléphone utiles pour services aux personnes (services de portage de repas, associations de lutte contre l’isolement et la précarité, etc.)

Cela n’empêche pas la Communauté de Commune d’utiliser pleinement le potentiel offert par le numériques pour le mettre au service de ses administrés. « La dématérialisation qui apparaissait comme une opportunité hier, est devenue une obligation aujourd’hui » explique Pascal Mouche, notamment au sujet du chantier de décentralisation du système de paie mené l’an passé avec son service. Convaincus de l’intérêt de maîtriser les outils numériques, la collectivité propose ainsi depuis longtemps des ateliers de formation dans ses cinq pôles de proximité, ainsi que des accompagnements dédiés aux entreprises dans la pépinière numérique créée sur le territoire. « Le confinement a bien montré l’importance de la maîtrise du numérique. Sans outil de commande en ligne, les entreprises doivent plier boutique ». En attendant que les inégalités de connexion se résorbent, il espère ainsi « faire du numérique un outil de solidarité et de proximité ».

Service public : ON / OFF

Complexe, la question des zones blanches soulève la difficile articulation entre les trois grandes règles qui structurent le service public : continuité, égalité, et adaptabilité. Faut-il se priver du pouvoir d’Internet au nom de l’égalité d’accès ? Après tout, l’instance nationale de défense des droits des personnes, soulignait que « si une seule personne devait être privée de ses droits du fait de la dématérialisation d’un service public, ce serait un échec pour notre démocratie et pour l’Etat de droit ». Que faire alors ?

« Ce n’est pas “tout ou rien”, ni “noir ou blanc” synthétise Pascal Mouche. L’essentiel est d’être bien conscient de la diversité de réalités à laquelle nous avons affaire : 4G, ADSL, zone blanche… C’est pourquoi nous veillons à avoir toujours plusieurs cordes à notre arc, et de diversifier les canaux de communication auprès des administrés. En multipliant les efforts, nous sommes capables de faire en sorte que nos populations aient l’information, et plutôt deux fois qu’une ».

Il ne s’agit donc pas de rejeter en bloc le numérique et sa capacité à offrir des services aux populations. Dans son rapport publié à l’occasion du confinement, France Stratégie résumait ainsi la situation : « Le numérique a tenu ses promesses : continuité de service et acceptation sociale du confinement…», tout en rappelant qu’il peut être, certes, un « accélérateur de nouvelles inégalités » mais aussi un véritable « amortisseur social de la crise ». Ne reste alors qu’à avancer les yeux grands ouverts, pour cultiver ce qu’il peut nous apporter de bon, sans le considérer pour autant comme la réponse à tout.

* le nom a été changé